La colonne cervicale (le cou) est composée de 7 vertèbres. À l'intérieur de ces vertèbres se trouve un "tuyau" osseux : le canal rachidien. Ce canal protège une structure neurologique majeure, la moelle épinière (le grand câble électrique du corps), ainsi que les racines nerveuses qui vont vers les bras.
Avec l'âge et l'usure (arthrose, épaississement des ligaments, hernies discales multiples), ce canal osseux peut se rétrécir progressivement. On parle de canal cervical étroit.
Lorsque le canal devient trop étroit, il finit par écraser et "étrangler" la moelle épinière. Cette souffrance neurologique s'appelle la myélopathie cervicarthrosique. Contrairement à une simple douleur dans le bras (névralgie), la myélopathie affecte tout le corps. Les symptômes sont graves et souvent irréversibles si rien n'est fait :
Face à une moelle épinière qui s'abîme, les traitements médicaux (médicaments, kinésithérapie) sont inefficaces pour lever la compression. La chirurgie est le seul traitement possible. Son but principal n'est pas de vous guérir miraculeusement, mais de redonner de la place à la moelle épinière pour stopper l'évolution vers la paralysie (tétraplégie). La récupération des fonctions déjà perdues dépendra de la capacité de votre moelle à cicatriser, ce qui prend des mois et reste incertain.
La majorité des chirurgies cervicales se font par une petite incision à l'avant du cou. Cependant, votre chirurgien vous propose un abord par la nuque (voie postérieure). Cette approche, chirurgicalement plus lourde, est spécifiquement indiquée lorsque :
L'opération se déroule sous anesthésie générale. Vous êtes installé(e) sur le ventre, la tête fermement maintenue par un support spécifique. Une incision verticale est réalisée au milieu de la nuque. Le chirurgien écarte les puissants muscles du cou pour accéder à l'arrière des vertèbres. Deux techniques principales existent :
Le chirurgien retire complètement "le toit" du canal osseux (les lames et les apophyses épineuses) sur plusieurs étages. La moelle épinière est ainsi totalement libérée et peut reculer. Pour éviter que la colonne ne se déforme vers l'avant avec le temps (cyphose) suite à cette ablation osseuse, le chirurgien associe très souvent une arthrodèse : il fixe les vertèbres entre elles à l'aide de petites vis et de tiges en titane placées dans la nuque.
Au lieu de retirer le toit osseux, le chirurgien l'ouvre d'un seul côté, comme une "porte sur ses charnières". Pour maintenir cette porte ouverte et agrandir définitivement le canal, il place de toutes petites plaques en titane. Cette technique a l'avantage de mieux préserver la mobilité du cou, mais n'est réalisable que si la courbure de votre cou le permet.
[Image comparing cervical laminectomy with fusion and cervical laminoplasty]L'opération par la nuque est techniquement exigeante et comporte un taux de complications statistiquement plus élevé que la chirurgie par l'avant du cou, justifiant qu'elle soit réservée aux cas les plus sévères.
Contrairement aux hernies discales simples, l'opération d'une myélopathie nécessite très souvent un transfert dans un centre de rééducation (SSR) après la clinique. Cela permet de réapprendre à marcher en toute sécurité et de travailler votre équilibre. La convalescence est longue, et la repousse nerveuse de la moelle épinière peut prendre de 6 à 18 mois.
C'est la souffrance et la destruction progressive de la moelle épinière, qui est littéralement étranglée par l'arthrose (becs de perroquet) à l'intérieur de votre cou. La moelle étant le "câble principal" du corps, cet étranglement provoque des pannes partout : jambes raides, mains maladroites, troubles de l'équilibre.
L'opération par l'avant est plus légère, mais elle est techniquement impossible ou trop délabrante lorsque votre canal est rétréci sur un grand nombre de vertèbres (plus de 3 étages) ou lorsque la compression osseuse est située massivement à l'arrière de la moelle épinière. La voie par la nuque est alors la seule solution efficace.
La laminectomie consiste à découper et retirer complètement le "toit" osseux du canal. La laminoplastie consiste à couper ce toit d'un seul côté pour l'ouvrir comme une porte sur ses charnières, et le bloquer ouvert avec de minuscules plaques. Votre chirurgien choisira la technique la plus adaptée à votre anatomie.
Honnêtement, oui. Les muscles de la nuque sont très épais et soutiennent le poids de votre tête. Le fait de les détacher pour accéder aux vertèbres provoque de fortes douleurs musculaires (comme des torticolis géants) et des spasmes dans les épaules pendant plusieurs semaines. Des antalgiques puissants et une minerve vous soulageront.
Oui, presque toujours. Un drain de Redon (un petit tuyau sous vide) est laissé en place pendant 48 à 72h. Il est vital pour aspirer le sang qui pourrait s'accumuler dans l'épaisseur des muscles et former un hématome risquant de comprimer la moelle épinière.
Il est impossible de le garantir. Le but premier de la chirurgie est de débloquer la situation pour empêcher que vous ne deveniez paralysé(e). La moelle épinière cicatrise très lentement. Les fonctions nerveuses récupérables le feront sur 6 à 18 mois, mais si la moelle a été abîmée depuis trop longtemps, des séquelles (raideur, fourmillements) resteront à vie.
C'est la peur la plus fréquente, mais ce risque est extrêmement rare (< 1%). Pour sécuriser l'opération, l'équipe d'anesthésie utilise très souvent un système de "potentiels évoqués" (monitoring) qui surveille l'activité électrique de votre moelle épinière en temps réel pendant que le chirurgien travaille.
À l'avant du cou, les tissus sont fins. À l'arrière, l'épaisseur de graisse et de muscle est importante. Après l'opération, cela crée une "poche" interne où les fluides peuvent stagner, ce qui favorise le développement de bactéries, d'où un taux d'infection de la cicatrice plus élevé que par l'avant.
Oui. Un collier cervical (souple ou rigide selon les cas) vous sera prescrit pour 3 à 6 semaines. Son but est de soulager vos muscles de la nuque meurtris et de soutenir le poids de votre tête pour éviter des douleurs intenses.
Oui. Si vous avez une laminectomie, le chirurgien fixera souvent les vertèbres entre elles avec des vis et des tiges en titane. Si vous avez une laminoplastie, il utilisera de toutes petites plaques en titane pour garder le canal ouvert. Ce matériel est définitif et amagnétique (vous ne sonnerez pas aux aéroports).
Vous perdrez forcément une partie de votre mobilité (surtout pour tourner la tête ou la pencher), en particulier si le chirurgien a dû bloquer plusieurs vertèbres avec des vis (arthrodèse). La technique de laminoplastie préserve un peu mieux la mobilité. C'est le prix à payer pour sauver la moelle épinière.
Les premiers jours, il est conseillé de dormir sur le dos, la tête de lit légèrement surélevée (environ 30 degrés) pour diminuer le gonflement de la nuque. Un oreiller ergonomique à mémoire de forme est idéal. Dormir sur le côté est possible si votre tête est parfaitement alignée avec votre colonne (ni trop haute, ni trop basse).
Oui. Retirer l'os à l'arrière du cou déstabilise la colonne, qui a tendance à s'affaisser vers l'avant avec les années (cyphose cervicale). C'est pour contrer ce risque que le chirurgien décide souvent d'ajouter des vis et des tiges (fusion) pendant la laminectomie.
L'hospitalisation est plus longue que pour une simple hernie discale. Comptez entre 4 et 7 jours. La sortie dépendra du retrait du drain, de la gestion de votre douleur musculaire, et surtout de votre capacité à retrouver l'équilibre pour marcher en sécurité.
Pas avant 6 à 8 semaines. Au début, la douleur musculaire et la minerve vous empêcheront de tourner la tête rapidement pour vérifier vos angles morts. De plus, la myélopathie altère souvent les réflexes de vos jambes pour freiner en urgence.
Les troubles sphinctériens sont le signe d'une myélopathie à un stade très avancé (la moelle est très en souffrance). L'opération empêchera la situation d'empirer, mais la récupération de la vessie est souvent très longue et parfois malheureusement incomplète.
C'est classique. Vos nerfs, qui étaient coincés et écrasés depuis des années, sont soudainement libérés. Ils se "réveillent" et deviennent temporairement très inflammatoires, ce qui provoque des fourmillements ou des décharges. Ces douleurs sont traitées par des médicaments spécifiques (neuromodulateurs).
C'est très fréquent et fortement conseillé. La myélopathie détruit l'équilibre et la motricité fine. Un séjour de quelques semaines en centre de Soins de Suite et de Réadaptation (SSR) avec des kinésithérapeutes spécialisés vous aidera à retrouver de l'autonomie et à prévenir les chutes à votre retour à domicile.
La myélopathie est une maladie grave et la convalescence est très longue. Comptez un minimum de 3 mois d'arrêt, mais souvent 6 mois, voire plus. Une reprise à mi-temps thérapeutique, aménagée avec la médecine du travail, est souvent la règle.
Les soins de cicatrice seront faits par une infirmière à domicile tous les 2 jours. Vous pourrez prendre des douches si le pansement est imperméable, mais les bains, la piscine et la mer sont formellement interdits pendant 1 mois pour éviter que la cicatrice de la nuque ne macère et s'infecte.
J'atteste avoir lu et compris toutes les pages de ce document d'information. J'ai pu poser les questions que je souhaitais et j'ai obtenu des réponses satisfaisantes. J'ai compris la nature de l'intervention par voie postérieure (Laminectomie ou Laminoplastie cervicale), ainsi que le fait que le but principal est de stopper la myélopathie et non de garantir une récupération totale. J'ai pris conscience des risques importants, notamment le taux d'infection plus élevé de cet abord postérieur, le risque de paralysie post-opératoire de l'épaule (racine C5), les douleurs musculaires importantes de la nuque, le risque de brèche durale, et le risque de non-fusion osseuse en cas de tabagisme.
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